quinta-feira, 26 de julho de 2012



ELSA  CARAVANA GUELMAN
http://www.youtube.com/watch?v=6Y19U5zywoo
COMBRAY Museu Marcel Proust
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SOMMEILS : Le cabinet sentant l´iris.        Contre Sainte-Beuve

« Mais à douze ans, quand j’allais m’enfermer pour la première fois dans le cabinet qui était en haut de notre maison à Combray, où les colliers de graines d’iris étaient suspendus, ce que je venais chercher, c’était un plaisir inconnu, original, qui n’était pas la substitution d’un autre. C’était pour un cabinet une très grande pièce. Elle fermait parfaitement à clef, mais la fenêtre en était toujours ouverte, laissant passage à un jeune lilas qui avait poussé sur le mur extérieur et avait passé par l’entrebâillement sa tête odorante. Si haut (dans les combles du château), j’étais absolumentseul, mais cette apparence d’être en plein air ajoutaitun trouble délicieux au sentiment de sécurité que de solides verrous donnaient à ma solitude. L’exploration que je fis alors en moi-même, à la recherche d’un plaisir que je ne connaissais pas, ne m’aurait pas donné plus d’émoi, plus d’effroi s’il s’était agi pour moi de pratiquer à même ma moelle et mon cerveau une opération chirurgicale. À tout moment je croyais que j’allais mourir. Mais que m’importait ! ma pensée exaltée par le plaisir sentait bien qu’elle était plus vaste, plus puissante que cet univers que j’apercevais au loin par la fenêtre, dans l’immensité et l’éternité duquel je pensais en temps habituel avec tristesse que je n’étais qu’une parcelle éphémère. En ce moment, aussi loin que les nuages s’arrondissaient au-dessus de la forêt, je sentais que mon esprit allait encore un peu plus loin, n’était pas entièrement rempli par elle, laissait une petite marge encore. Je sentais mon regard puissant dans mes prunelles porter comme de simples re$ets sans réalité les belles collines bombées qui s’élevaient comme des seins des deux côtés du fleuve. Tout cela reposait sur moi, j’étais plus que tout cela, je ne pouvais mourir. Je repris haleine un instant ; pour m’asseoir sur le siège sans être dérangé par le soleil qui le chauffait, je lui dis : « Ôte-toi de là, mon petit, que je m’y mette » et je tirai le rideau de la fenêtre, mais la branche du lilas l’empêchait de fermer. Enfin s’éleva un jet d’opale, par élans successifs, comme au moment où s’élance le jet d’eau de Saint-Cloud, que nous pouvons reconnaître – car dans l’écoulement incessant de ses eaux, il a son individualité que dessine gracieusement sa courbe résistante – dans le portrait qu’en a laissé Hubert Robert, alors seulement que la foule qui l’admirait avait des... qui font dans le tableau du vieux maître de petites valves roses, vermillonnées ou noires.
À ce moment, je sentis comme une tendresse qui m’entourait. C’était l’odeur du lilas, que dans mon exaltation j’avais cessé de percevoir et qui venait à moi. Mais une odeur âcre, une odeur de sève s’y mêlait, comme si j’eusse cassé la branche. J’avais seulement laissé sur la feuille une trace argentée et naturelle, comme fait le fil de la Vierge ou le colimaçon.
Mais sur cette branche il m’apparaissait comme le fruit défendu sur l’arbre du mal. Et comme les peuples qui donnent à leurs divinités des formes inorganisées, ce fut sous l’apparence de ce fil d’argent qu’on pouvait tendre presque indéfiniment sans le voir finir, et que je devais tirer de moi-même en allant tout au rebours de ma vie naturelle, que je me représentai dès lors pour quelque temps le diable. »

« Malgré cette odeur de branche cassée, de linge mouillé, ce qui surnageait, c’était la tendre odeur des lilas. Elle venait à moi comme tous les jours, quand j’allais jouer au parc situé hors de la ville, bien avant même d’avoir aperçu de loin la porte blanche près de laquelle ils balançaient, comme des vieilles dames bien faites et maniérées, leur taille flexible, leur tête emplumée, l’odeur des lilas venait au-devant de nous, nous souhaitait la bienvenue sur le petit chemin qui longe en contre-haut la rivière, là où des bouteilles sont mises par des gamins dans le courant pour prendre le poisson, donnant une double idée de fraîcheur, parce qu’elles ne contiennent pas seulement de l’eau, comme sur une table où elles lui donnent l’air du cristal, mais sont contenues par elle et en reçoivent une sorte de liquidité, là où, autour des petites boules de pain que nous jetions, s’aggloméraient en une nébuleuse vivante les têtards, tous en dissolution dans l’eau et invisibles l’instant d’avant, un peu avant de passer le petit pont de bois dans l’encoignure duquel, à la belle maison, un pêcheur en chapeau de paille avait poussé entre les pruniers bleus. Il saluait mon oncle qui devait le connaître et nous faisait signe de ne pas faire de bruit. Mais pourtant je n’ai jamais su qui c’était, je ne l’ai jamais rencontré dans la ville et tandis que même le chanteur, le suisse et les enfants de choeur avaient, comme les dieux de l’Olympe, une existence moins glorieuse où j’avais affaire à eux, comme maréchal-ferrant, crémier et fils de l’épicière, en revanche, comme je n’ai jamais vu que jardinant le petit jardinier en stuc qu’il y avait dans le jardin du notaire, je n’ai jamais vu le pêcheur que pêchant, à la saison où le chemin s’était touffu de feuilles des pruniers, de sa veste d’alpaga et de son chapeau de paille, à l’heure où même les cloches et les nuages flânent avec désoeuvrement dans le ciel vide, où les carpes ne peuvent plus soutenir l’ennui
de l’heure, et dans un étouffement nerveux sautent passionnément en l’air dans l’inconnu, où les gouvernantes regardent leur montre pour dire qu’il n’est pas encore l’heure de goûter. »
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 Le petit cabinet sentant l´iris - Le Donjon de Roussainville. Chapitre 2 - COMBRAY - DU CÔTÉ DE CHEZ SWANN
 “Hélas, c’était en vain que j’implorais le donjon de Roussainville, que je lui demandais de faire venir auprès de moi quelque enfant de son village, comme au seul confident que j’avais eu de mes premiers désirs, quand au haut de notre maison de Combray, dans le petit cabinet sentant l’iris, je ne voyais que sa tour au milieu du carreau de la fenêtre entr’ouverte, pendant qu’avec les hésitations héroïques du voyageur qui entreprend une exploration ou du désespéré qui se suicide, défaillant, je me frayais en moi-même une route inconnue et que je croyais mortelle, jusqu’au moment où une trace naturelle comme celle d’un colimaçon s’ajoutait aux feuilles du cassis sauvage qui se penchaient jusqu’à moi. En vain je suppliais maintenant. En vain, tenant l’étendue dans le champ de ma vision, je la drainais de mes regards qui eussent voulu en ramener une femme. Je pouvais aller jusqu’au porche de Saint-André-des-Champs ; jamais ne s’y trouvait la paysanne que je n’eusse pas manqué d’y rencontrer si j’avais été avec mon grand-père et dans l’impossibilité de lier conversation avec elle. Je fixais indéfiniment le tronc d’un arbre lointain, de derrière lequel elle allait surgir et venir à moi ; l’horizon scruté restait désert, la nuit tombait, c’était sans espoir que mon attention s’attachait, comme pour aspirer les créatures qu’ils pouvaient recéler, à ce sol stérile, à cette terre épuisée ; et ce n’était plus d’allégresse, c’était de rage que je frappais les arbres du bois de Roussainville d’entre lesquels ne sortait pas plus d’êtres vivants que s´ils eussent été des arbres peints sur la toile d´un panorama, quand, ne pouvant me résigner à rentrer à la maison avant d´avoir serré dans mes bras la femme que j´avais tant desirée, j´étais pourtant obligé de reprendre le chemin de Combray en m´avouant à moi-même qu´était de moins en moins problabe le hasard qui l´eût mise sur mon chemin.”
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 Une petite pièce sentant l´iris - Chapitre 1 - COMBRAY - Du Côté de Chez Swann –
 “..Je montais sangloter tout en haut de la maison à côté de la salle d’études, sous les toits, dans une petite pièce sentant l’iris, et que parfumait aussi un cassis sauvage poussé au-dehors entre les pierres de la muraille et qui passait une branche de fleurs par la fenêtre entrouverte. Destinée à un usage plus spécial et plus vulgaire, cette pièce, d’où l’on voyait pendant le jour jusqu’au donjon de Roussainville-le-Pin, servit longtemps de refuge pour moi, sans doute parce qu’elle était la seule qu’il me fût permis de fermer à clef, à toutes celles de mes occupations qui réclamaient une inviolable solitude : la lecture, la rêverie, les larmes et la volupté. Hélas! je ne savais pas que, bien plus tristement que les petits écarts de régime de son mari, mon manque de volonté , ma sante délicate, l´incertitude qu´ils projetaient sur mon avenir, préoccupaient ma grande-mère au cours de ces déambulations incessantes, de l´après-midi et du soir, où on voyait passer et repasser, obliquement levé vers le ciel, son beau visage aux joues brunes et sillonnés, devenues au retour de l´âge presque mauves comme les labours à l´automne, barrés, si elle sortait, par une voilette à demi relevée, et sur lesquelles, amené là par le froid ou quelque triste pensée, était toujours en train de sécher un pleur involontaire.”
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